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Si le travail du Forum Voix Etouffées ces dernières années s’est concentré sur la mise en lumière des avant-gardes musicales du XXe siècle empêchées, il faut néanmoins garder en mémoire qu’une grande partie des compositeurs interdits par les totalitarismes européens partageaient une tradition bien plus romantique que moderne.
Le cas de Felix Mendelssohn, dont la musique fut progressivement interdite par le régime nazi du fait de ses origines juives, est évidemment emblématique de ces privations appliquées à la musique d’un autre siècle. Néanmoins, après lui, ce sont bien des centaines de compositeurs de toute l’Europe, certains déjà décédés en 1933, d’autres à la fin de carrière, qui ont souffert des mêmes interdits et vu leur musique disparaître dans les années 1930 pour ne plus jamais revenir.
Une saison de concerts entière ne permettrait pas de tous les redécouvrir ; à défaut, ce programme thématique propose de lever le voile sur cinq d’entre eux, d’Allemagne ou d’Autriche, et sur six de leurs œuvres de musique de chambre - dont deux n’ont encore jamais été données en France. Tout d’abord, le Trio pour piano n° 1 en fa majeur, op. 28 de Friedrich Gernsheim, composé dans les années 1870, qui témoigne d’un romantisme pleinement maîtrisé : quatre mouvements où la richesse mélodique, le dialogue serré entre les trois instruments et une écriture héritière de Schumann et de Brahms s’unissent à une personnalité très affirmée. Robert Kahn, élève de Franz Kullak et de Friedrich Kiel et profondément marqué par Brahms, prolonge cette tradition tout en cultivant une écriture plus intime : la première des Drei Stücke op. 25 pour violoncelle et piano, puis les Variationen über ein altes Lied pour violon et piano (première française), composées en 1925, montrent deux visages d’un compositeur particulièrement attaché à la musique exigeante de salon, depuis la miniature caractérisée jusqu’à la variation comme forme de mémoire et de transformation. La Sonate pour violon et piano op. 7 d’Oskar C. Posa, créée en 1901, fait entendre une tout autre tension : son langage postromantique, volontiers expansif et dramatique, élargit l’héritage brahmsien vers une expressivité plus proche de Wagner et de Richard Strauss. L’œuvre fut alors jugée d’une difficulté exceptionnelle ; sa redécouverte récente a permis de mesurer la force d’un compositeur qui fut l’un des acteurs principaux de la vie musicale viennoise du début XXe aux côtés de Schönberg et de Zemlinsky.
Avec le Trio pour piano op. 97 de Richard Stöhr, composé en 1943 et inédit en France, et le Trio pour piano de Karl Weigl, achevé en 1939 peu après l’exil américain du compositeur, le programme change de perspective : la tradition de la musique de chambre romantique y devient aussi le lieu d’une continuité artistique menacée par l’histoire. Gardant de nombreux éléments de forme, de structure harmonique propres au post-romantisme germanique, les deux œuvres se chargent d’une densité harmonique et expressive propre à leur écriture tardive.
Ainsi, ce programme rappelle que l’effacement du répertoire n’est pas seulement une question de goût ou de rupture stylistique : il a aussi directement subi la politique d’exclusion qui bouleversa la vie musicale européenne au XXe siècle. En réunissant ici Gernsheim, Kahn, Posa, Stöhr et Weigl, il ne s’agit pas de fabriquer artificiellement une « musique des victimes », mais de restituer à ces œuvres leur pleine existence artistique : leur diversité, leurs filiations, leurs audaces ainsi que la capacité de cette mémoire à éclairer, artistiquement et socialement, notre présent.
Sera annoncé prochainement, piano
Sera annoncé prochainement, violon
Sera annoncé prochainement, violoncelle
Concert intégrant une présentation des oeuvres et compositeurs.
Photo : (c) DR
Event venue & nearby stays
Goethe-Institut Paris, 17 Avenue d'Iéna, Paris, France