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Séminaire : La démocratie au travail pour qui ?
Émilie Lanciano est professeure des universités en sciences de gestion à l'Université Lumière Lyon 2, où elle est rattachée au laboratoire COACTIS et à la Chaire ESS de l’Université Lyon 2 qu’elle a codirigé de 2019 à 2026. Ses recherches à la croisée des théories des organisations, de la démocratie organisationnelle et des approches pragmatistes, portent sur l'économie sociale et solidaire, les organisations alternatives et l'engagement salarié. Depuis plusieurs années, elle travaille sur l'autogestion, les coopératives d'activité et d'emploi, les systèmes alimentaires alternatifs et les éthiques du care au travail, publiant dans des revues telles que RECMA, La Revue de l'IRES, Management International et M@n@gement.
Elles encadrent également des thèses traversées par les enjeux de démocratisation du travail, des organisations et des sociétés, qu'il s'agisse d'interroger comment le care s'institutionnalise dans les pratiques de management (S. Arnaud Clémens, thèse soutenue), comment les musées et activités intègrent la critique décoloniale dans leurs pratiques (Vaitiare Juarez), ou comment se joue, dans les coopératives, la tension entre gouvernance démocratique et pérennité économique (Marco delle Corte).
La démocratie au travail pour qui ? Participation et inégalités dans les coopératives d'activité et d'emploi en France
Depuis plus de 20 ans, les coopératives d'activité et d'emploi (CAE) proposent en France une alternative d'emploi entre salariat et travail indépendant : les entrepreneur·es salarié·es développent leur activité tout en bénéficiant du statut de salarié·e, au sein d'une structure collective mutualisée se revendiquant démocratique. Leur modèle économique repose sur une contribution financière — le plus souvent un pourcentage du chiffre d'affaires — versée par les entrepreneur·es salarié·es, qui assure la viabilité économique de la coopérative.
Les CAE sont souvent présentées comme des espaces d'expérimentation de la démocratie au travail (Lanciano, 2019, 2020 ; Ruffier, 2019 ; Veyer, 2024). Pourtant, les travaux existants se concentrent sur les entrepreneur·es salarié·es (Ballon, 2021 ; Bost, 2011 ; Bureau et Corsani, 2012), laissant dans l'ombre les salarié·es associé·es en fonctions supports (accompagnement, gestion, administration) — pourtant centraux dans leur fonctionnement. D'où la question : dans quelle mesure les CAE permettent-elles une démocratisation effective du travail, et pour qui ?
Cette communication analyse la notion d'engagement — promesse normative, ressource organisationnelle, mode de gouvernement du travail — à partir d'une enquête qualitative menée dans plusieurs CAE (entretiens, observations, focus groups), avec une attention particulière aux salarié·es en fonctions supports.
Les résultats font apparaître deux idéaux-types : des CAE proches d'une entreprise collective démocratique, où l'ensemble des acteurs discute les règles communes ; et des CAE structurées comme un dispositif d'accompagnement individualisé, centré sur les entrepreneur·es salarié·es. Dans les deux cas, l'horizontalité et la participation constituent un référentiel central, mais leur mise en œuvre produit des effets ambivalents : intensification du travail, flou des rôles, inégalités d'accès aux espaces de décision.
Les salarié·es associé·es en fonctions supports occupent une position structurellement ambivalente : garants du fonctionnement collectif, ils et elles restent plus faiblement intégrés aux espaces décisionnels, faisant l'expérience d'une démocratie au travail partielle et inégalement distribuée.
Ce décalage conduit à requalifier l'engagement : moins comme vecteur de démocratisation que comme opérateur de différenciation des expériences du travail dans les CAE.
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