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ur le fond, nos opinions ne se sont pas tant éloignées que cela. Ce qui a changé, c'est le sentiment. Nous supportons de moins en moins ceux qui pensent autrement, nous leur prêtons de mauvaises intentions, nous préférons ne plus en parler du tout. Les chercheurs ont un nom pour ça : la polarisation affective. Elle ne mesure pas ce que nous pensons, mais ce que nous ressentons envers ceux d'en face.
Nous recevons Antoine Marie, psychologue politique, chercheur au CEVIPOF à Sciences Po Paris. Formé à la psychologie sociale, aux sciences cognitives et à la science politique, passé par l'Institut Jean Nicod et par l'université d'Aarhus, il conçoit des expériences pour comprendre comment les gens raisonnent et communiquent sur les sujets qui les divisent, et surtout, ce qui pourrait rendre ces discussions moins hostiles.
Ses résultats ont une qualité rare : ils dérangent tout le monde, à commencer par ceux qui se croient à l'abri. L'un de ses travaux montre que le fait d'ériger la rationalité en valeur morale, se penser du côté de la raison, face à des adversaires irrationnels, augmente la propension à partager des informations hostiles et fausses, tandis que l'humilité intellectuelle la réduit. Un autre montre que le partage partisan sur les réseaux tient moins à ce qu'on croit qu'à l'audience à laquelle on s'adresse. Un troisième, publié dans Nature Human Behaviour à partir de données couvrant trente pays, établit que l'hostilité politique en ligne est plus forte dans les pays les moins démocratiques et les plus inégalitaires, ce qui déplace la responsabilité des plateformes vers ce qu'elles rendent simplement visible. Il a également analysé pourquoi, en contexte polarisé, les militants de tous bords finissent par vouloir restreindre la parole de leurs adversaires, avec les mêmes arguments.
Avec lui, nous parlerons de ce que la science mesure réellement quand elle parle de polarisation, du rôle exact des réseaux sociaux, plus ambigu que le récit dominant ne le laisse croire, de ce qui se passe dans un cerveau qui traite une opinion adverse comme une menace, de ce qui fonctionne pour désamorcer une conversation qui dérape, et d'une question qui nous concerne tous : est-il encore possible de dîner avec quelqu'un dont on désapprouve le vote ?
Un talk suivi d'un échange avec la salle, puis d'un moment convivial autour d'un verre pour prolonger la discussion.
Event venue & nearby stays
44 Rue des Petits Carreaux, 44 Rue des Petits Carreaux, Paris, France