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Critiques de l’(in)accessibilité
Depuis plus de deux décennies, du fait notamment de sa place centrale dans la loi « handicap » de 2005 et dans la Convention relative aux droits des personnes handicapées de 2006, la notion d’accessibilité, en France comme à l’étranger, est l’objet de nombreux traitements politiques, médiatiques, militants et académiques.
La singularité du présent colloque tient au fait 1) qu’il invite à un examen critique de l’idée d’accessibilité et de son contraire, l’inaccessibilité, en se demandant si, étant donné ses ambiguïtés, elle n’est pas le « lieu » par excellence « où peut se produire un questionnement critique » (Titchkosky 2011), 2) dans une perspective interdisciplinaire qui fait dialoguer, autour de la question du handicap, la sociologie avec les autres sciences humaines.
Les questions qu’il pose et qui constitueront les axes du colloque sont les suivantes :
1) Qu’est-ce que l’(in)accessibilité?
À l’origine, le mot « accès » vient du latin accessus, « arrivée », participe passé substantivé de accedere : « s’approcher de, parvenir à ». L’accessibilité désignerait donc initialement un chemin, une voie praticable vers un lieu déterminé.
Parler d’accessibilité, n’est-ce pas une manière politiquement correcte de parler de l’exclusion sociale persistante des personnes handicapées, mais, aussi, une façon de réduire l’inclusivité à une question purement technique, bien insuffisante à une véritable participation sociale (Mingus 2010) ? Ou bien peut-on effectivement concevoir l’accessibilité comme la condition nécessaire et suffisante de la pleine citoyenneté, voire de la justice d’une société ? Qu’en est-il à ces égards du vécu de l’(in)accessibilité par les personnes handicapées ?
2) Pourquoi l’(in)accessibilité?
Pourquoi avoir construit une société de laquelle certaines personnes sont exclues de fait dès le départ ? Les raisons sont-elles économiques, idéologiques, politiques?
Y a-t-il vraiment, aujourd’hui, une volonté politique d’accessibilité (le cas échéant, quel est son but) ? Au vu de la persistance flagrante de l’inaccessibilité de la société, il est permis d’en douter.
Ne sont-ce pas les mouvements sociaux de personnes handicapées, qui, au niveau mondial, européen et national, ont imposé aux États le mot d’ordre de l’accessibilité, dont ils ne voudraient finalement pas?
3) Quels passés et quels futurs pour l’(in)accessibilité?
En France comme à l’étranger, les pouvoirs publics ont tendance à présenter l’accessibilité comme une exigence propre aux sociétés contemporaines. S’il semble vrai que les politiques d’accessibilité datent du XXe siècle, est-il possible que les sociétés du passé n’aient jamais rien mis en œuvre pour se rendre accessibles aux personnes handicapées ? Plus largement, les sociétés contemporaines occidentales sont-elles réellement plus accessibles que celles du passé ? Et qu’en est-il des autres cultures?
Réciproquement, quels futurs pour l’(in)accessibilité ? Aujourd’hui, les disability studies et les études françaises de handicap se penchent sur la littérature fictionnelle, pour penser aussi bien, avec les dystopies en la matière, le risque toujours présent d’une société rendue à ce point inaccessible que les personnes handicapées en ont été effacées, et, avec les utopies, la possibilité, au contraire, de « futurs dévalidés » (Multitudes 2024).
Event venue & nearby stays
École Normale Supérieure de Lyon, site René Descartes, 15 parvis René Descartes, Lyon, France