Advertisement
RARETÉS JAPONAISES
Rendez-vous autour du cinéma japonais, ses films méconnus, ses cinéastes, son histoire,
ses esthétiques. Proposé par Clément Beuchillot, Docteur en études cinématographiques,
spécialiste du cinéma japonais, qui présentera le film et animera un échange après la projection.
(TOKYO-KEN) Réalisé par Shin’ya TSUKAMOTO - Japon 1995 1h28mn VOSTF - avec Kaori Fujii, Shin’ya Tsukamoto, Kôji Tsukamoto... Scénario de Hisashi Saito et Shin’ya Tsukamoto. Interdit aux moins de 16 ans.
Il y a un an et demi, le ciné-club « Raretés japonaises » proposait une double séance autour des deux premiers volets de Tetsuo de Shin’ya Tsukamoto. Derrière cette occasion attendue pour une double dose d’images frénétiques, un prétexte pour se rappeler combien l’œuvre du cinéaste souffre d’être réduite à son premier – et néanmoins génial – long métrage. Bien qu’un troisième opus dispensable des aventures de Tetsuo soit sorti en 2009, les deux premiers forment une trilogie informelle – donc sans continuité narrative – avec un autre film, le fameux Tokyo Fist, pendant super-réaliste aux frasques cyberpunks précédentes.
Petit employé tokyoïte, Tsuda mène une vie convenue dans un appartement bien rangé avec sa petite amie Hizuru. En rentrant du travail, il croise la route de Kojima, ancien camarade de classe devenu boxeur semi-professionnel. Tornade de bruit et de fureur, ce dernier s’immisce dans l’intimité du couple, ne tardant pas à séduire Hizuru. Commence alors un triangle amoureux hystérique dans lequel Tsuda, porté par la jalousie, va jusque s’inscrire au club de boxe de Kojima, entre activité cathartique et poursuite vengeresse.
Après Tetsuo 2, Tsukamoto raconte avoir lu beaucoup d’analyses sur son film et sa représentation de la relation entre la ville et l’humain. Inconscient de cette thématique, il s’engage avec son prochain film à s’y consacrer directement. À ranger du côté de Crash (David Cronenberg) ou Fight Club (David Fincher), Tokyo Fist délaisse le cyberpunk pour une veine davantage réaliste. Mais attention, le réalisme revêt ici une forme éloignée de toute velléité naturaliste : caméra virevoltante, montage saccadé et éclairage expressionniste sont toujours au programme pour désorienter personnages et spectateurs. Shin’ya Tsukamoto, en véritable homme-orchestre (il réalise, écrit, monte et interprète le rôle de Tsuda), demeure un cinéaste en colère habitué aux coups de poing – ici, littéralement – mis en scène.
Mais là où les Tetsuo proposent de bout en bout un chaos punk, la suite thématique délaisse parfois la frénésie pour des respirations contemplatives pleines de grâce. L’aliénation ainsi décrite nous transporte alors vers de magnifiques instants de solitude partagée, où les poings remplacent les dialogues et le ring de boxe devient lieu d’expression, un précieux souffle salvateur face à l’émulation destructrice viriliste des personnages. Tokyo Fist est donc bien un film sur la relation entre l’humain et la ville, l’apogée de la description de la déshumanisation urbaine par son auteur. Face à cette impasse reste la boxe comme allégorie, filmée telle une poésie aussi violente que bienvenue, où s’exprime, entre coups et blessures, le souhait de se retrouver et de dialoguer, aussi brutal soit le langage.
Advertisement
Event Venue
Cinéma UTOPIA Bordeaux, 5 place Camille Jullian,Bordeaux, France
Tickets
Concerts, fests, parties, meetups - all the happenings, one place.










